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TEXTES EN LIGNE : LA DISCIPLINE

L'article qui suit constitue un rÈsumÈ du chapitre "discipline" dans Surveiller et punir de Michel Foucault

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LA DISCIPLINE

1) RÈpartition spatiale
2) ContrÙle des activitÈs
3) GenËse des apprentissages
4) Composition des forces
5) La machine ? dresser et ses outils
6) La surveillance hiÈrarchique
7) La sanction disciplinaire
8) La normalisation
9) L'examen
10) Anonymat et individualisation
11) La peste
12) Le panoptique
13) La sociÈtÈ disciplinaire
14) InvisibilitÈ du pouvoir disciplinaire
15) Facteurs d'Èmergence historique
16) InÈgalitÈ politique
17) Savoir et pouvoir
18) L'observation permanente


En quoi consistent les techniques disciplinaires du pouvoir ?

1) RÈpartition spatiale

          La discipline procËde par une rÈpartition des individus dans l'espace. Il s'agit premiËrement de clÙturer un espace, c'est l'enfermement, que l'on retrouve aussi bien ? la caserne qu'? l'Ècole, mais qui prend sa plus grande force dans la prison et l'asile. Mais l'enfermement ne suffit pas ? caractÈriser la discipline, car cet enfermement doit permettre de rÈaliser un quadrillage des individus en leur assignant ? chacun un emplacement spÈcial et en distribuant les groupes : c'est une division de cet espace clÙt que doit rÈaliser la discipline, en sÈparant les classes, les rÈgiments, les quartiers ou les pavillons, le modËle classique Ètant la cellule individuelle des couvents ; sur ce modËle, la discipline isole les individus dans la masse, crÈant un redoublement de la clÙture, un enfermement dans l'enfermement, un isolement absolu. TroisiËmement, cet espace quadrillÈ doit Ítre utile, c'est-?-dire que chacun des emplacements dÈfinis doit avoir une fonction prÈcise : l'organisation de l'espace doit rÈpondre ? des fonctions thÈrapeutiques pour un hÙpital, par l'isolement des maladies contagieuses par exemple, ou ? des fonctions productives dans les usines o le quadrillage disciplinaire assure " la dÈcomposition individualisante de la force de travail " qui permet une Èvaluation de la production par la sommation et la composition de toutes les activitÈs individuelles : la rÈpartition des individus doit avoir un effet global utile, dans une optique productive, thÈrapeutique, carcÈrale, pÈdagogique, etc., bref selon des finalitÈs prÈÈtablies. Enfin, les ÈlÈments individuels doivent Ítre interchangeables dans une organisation sÈrielle de l'espace, o chaque emplacement utile se caractÈrise par un rang ; la localisation ne doit pas Ítre une implantation permanente, mais on doit pouvoir changer les individus de place en fonction de leur utilitÈ variable : la discipline assigne ? chacun son rang " selon son ?ge, ses performances, sa conduite ", et crÈe ainsi un " mouvement perpÈtuel o les individus se substituent les uns aux autres, dans un espace que scandent des intervalles alignÈs "(p172). Par la rÈpartition des individus, la discipline construit des espaces complexes, architecturaux, fonctionnels et hiÈrarchiques, des espaces mixtes o la disposition architecturale se superpose ? l'espace abstrait d'une Èvaluation classificatrice, espaces constituÈ en " tableaux " qui ont pour fonction " de traiter la multiplicitÈ pour elle-mÍme, de la distribuer et d'en tirer le plus d'effets possibles "(p175).

2) ContrÙle des activitÈs

          Mais la discipline ne rÈalise pas seulement la rÈpartition des individus dans une multiplicitÈ organisÈe. Elle institue Ègalement le contrÙle de l'activitÈ. La discipline ne se contente pas d'une rÈpartition spatiale, elle dÈcoupe Ègalement le temps en fonction de son contenu en termes d'activitÈs : c'est la gÈnÈralisation du vieux systËme monastique de l'emploi du temps, dÈsormais dÈveloppÈ et transformÈ, par une " Èlaboration temporelle de l'acte " qui prescrit un ordre de succession des gestes pour toute activitÈ, en assignant une durÈe ? chacun des gestes ; ainsi l'emploi du temps, ce cadre gÈnÈral pour une activitÈ, se ramifie et se dÈcompose jusqu'aux mouvements les plus prÈcis et les plus dÈtaillÈs du corps en acte. Par ce biais, c'est l'ensemble du corps qui est mis en corrÈlation avec le geste : le moindre geste requiert toute une gymnastique du corps, dans laquelle rien ne doit rester inutile, et dans laquelle c'est l'attitude globale du corps qui est mobilisÈe pour produire un geste efficace et rapide, " toute une routine dont le code rigoureux investit le corps en son entier, de la pointe du pied au bout de l'index "(p178). Cette haute-dÈfinition analytique des gestes propres ? rÈaliser une activitÈ, en investissant le corps tout entier dans le moindre mouvement, permet Ègalement une articulation serrÈe entre le corps et l'objet qu'il manipule : en dÈfinissant chacun des rapports entre le corps et l'objet ? manipuler, la discipline rÈalise une sorte de " codage instrumental du corps " qui constitue alors " un complexe corps-arme, corps-instrument, corps-machine ", o il s'agit moins de prÈlever un surplus d'activitÈ produite que de lier plus Ètroitement l'individu ? l'appareillage technique. Mais au fond, ce que vise le contrÙle disciplinaire de l'activitÈ, c'est une utilisation exhaustive du temps, qui vise ? intensifier chaque instant pour en extraire davantage de productivitÈ et d'utilitÈ, dans un idÈal o le maximum de rapiditÈ pourrait rejoindre le maximum d'efficacitÈ. A partir de ce cette optique disciplinaire, c'est tout un nouveau savoir sur le corps qui va s'Èdifier, corps de l'exercice, du dressage utile, corps " organique " porteur de forces et siËge d'une durÈe, et soumis a des contraintes intscipline ne pourra utiliser que si elle les intËgre dans son organisation.

3) GenËse des apprentissages

          La discipline ne bouleverse pas seulement le rapport au temps par l'analyse de l'activitÈ et le contrÙle du corps en mouvement. Elle instaure Ègalement des dÈcoupages longs permettant d'additionner et de capitaliser le temps d'apprentissage sur des durÈes plus Ètendues. Foucault note quatre procÈdÈs complÈmentaires : dÈcomposer le temps en filiËres sÈparÈes et ajustÈes (d'abord le temps de formation et ensuite le temps de la pratique, etc.), organiser ces filiËres dans une succession ou des ÈlÈments simples se combinent avec une complexitÈ croissante (Ècole primaire, puis ÈlÈmentaire, etc.), fixer un terme ? chaque segment temporel, tel qu'il permette " d'indiquer si le sujet a atteint le niveau statutaire, de garantir la conformitÈ de son apprentissage ? celui des autres, et de diffÈrencier les capacitÈs de chaque individu "(p186), et enfin prescrire ? chacun les exercices qui lui conviennent, en fonction de son niveau, de son grade et de son anciennetÈ. L'organisation disciplinaire du temps inaugure une conception sÈrielle du temps, o les successions se font de maniËre " Èvolutive ", c'est-?-dire ? la fois homogËne, continue et cumulative. Ce temps disciplinaire, " dont les moments s'intËgrent les uns aux autres, et qui s'oriente vers un point terminal et stable "(p188), vise une " genËse " des individus, soit la crÈation de capacitÈs utiles dans les individus, par l'imposition d'un exercice continu, permanent et cumulatif, " assujettissement qui n'a jamais fini de s'achever "(p190) et qui opËre la synthËse finale des individus ? partir de toute l'analytique des espaces et des comportements. Foucault nomme " organisation des genËses " l'ensemble de ces procÈdÈs qui forment le temps cumulatif de l'apprentissage disciplinaire, visant ? produire dans les individus des aptitudes capables de s'intÈgrer dans une utilitÈ collective.

4) Composition des forces

          La finalitÈ de la formation des individus ? travers une exercice continu consiste dans leur intÈgration ? un ensemble utile, dans lequel l'effet de la force productive " doit Ítre supÈrieur ? la somme des forces ÈlÈmentaires qui la composent "(p192). La discipline doit donc rÈaliser une " composition des forces " dÈgagÈes par le " temps-genËse " de la formation. Cette exigence de composer des forces pour obtenir un appareil efficace se traduit de plusieurs maniËres : l'individu disciplinaire, avec son rang, ses capacitÈs, son codage corporel, doit pouvoir Ítre un ÈlÈment qui s'articule aux autres dans un ensemble plus vaste ; de mÍme, on doit pouvoir combiner les diffÈrents segments du temps disciplinaire, de maniËre ? ce que chacun, idÈalement, puisse Ítre occupÈ en permanence et de la faÁon la plus utile dans une perspective globale, en fonction de ses capacitÈs et des besoins de l'ensemble ; mais cela exige " un systËme prÈcis de commandement ", qui prendra la forme d'un systËme de signaux " ? chacun desquels est attachÈe une rÈponse obligÈe et une seule " et " auxquels il faut rÈagir dans l'instant " (pp195-195), systËme se traduisant par la mise en place de tactiques.

5) La machine ? dresser et ses outils

          La discipline, ? travers la rÈpartition cellulaire de l'espace obtenue par la constitution de tableaux, le codage organique des activitÈs dans les manúuvres, le cumul gÈnÈtique du temps par les exercices imposÈs, et la composition combinatoire des forces au travers des " tactiques ", construit le " rÍve militaire " d'une sociÈtÈ qui se rÈfÈrerait " aux rouages soigneusement subordonnÈs d'une machine (...), aux coercitions permanentes (...), aux dressages indÈfiniment progressifs (...) et ? la docilitÈ mÈcanique "(p198). Mais pour assurer un " dressage " gÈnÈralisÈ des multiplicitÈs d'individus, les techniques disciplinaires se sont dotÈes d'instruments simples qui expliquent leur " succËs " historique : ce sont la surveillance hiÈrarchique, la sanction normalisatrice, et leur combinaison spÈcifique dans les procÈdures d'examen.

6) La surveillance hiÈrarchique

          La surveillance disciplinaire doit Ítre continue, fonctionnelle et hiÈrarchisÈe. Elle doit en effet pouvoir s'appliquer en permanence ? tous les points de l'espace et ? chaque instant ; elle nÈcessite dons un amÈnagement spatial orientÈ vers une " visibilitÈ gÈnÈrale " dont le modËle est le camp militaire, modËle qu'on retrouve dans l'architecture elle-mÍme : " Au vieux schÈma simple de l'enfermement et de la clÙture (...) commence ? se substituer le calcul des ouvertures, des pleins et des vides, des passages et des transparences ", o certes " on Ètablit des cloisons Ètanches entre les individus, mais aussi de percÈes de surveillance continue "(p203). La surveillance disciplinaire doit Ègalement pouvoir Ítre centralisÈe par l'instance supÈrieure de contrÙle, et s'intËgre donc dans un ensemble hiÈrarchique dont la pyramide est le modËle et o, ? la limite, tout le monde surveille tout le monde; l'idÈal est l'úil central qui pourrait tout observer en permanence, et pour lequel la surveillance pyramidale permet de " multiplier les Èchelons et de les rÈpartir sur toute la surface ? contrÙler ", formant ainsi " un rÈseau sans lacune "(p205). Enfin, cette hiÈrarchisation de la surveillance n'a d'intÈrÍt que si elle s'intËgre au dispositif disciplinaire pour en accroÓtre les effets productifs. " Surveiller devient alors une fonction dÈfinie, mais qui doit faire partie intÈgrante du processus de production ; elle doit le doubler sur toute sa longueur " (p205) : la surveillance s'incarne dans un personnel spÈcialisÈ distinct du personnel productif. La surveillance constitue donc un rÈseau continu, " multiple, automatique et anonyme ", qui sert d'ossature et de lien aux institutions disciplinaires, leur permettant de " tenir " en ayant le moins possible recours ? la discontinuitÈ de la violence.

7) La sanction disciplinaire

          La discipline doit justement rÈpondre au besoin de punir les individus que la surveillance observe comme Ètant insoumis et qui tentent de se dÈrober ? l'organisation gÈnÈrale. Mais la discipline, voulant Èconomiser la violence, invente " une maniËre spÈcifique de punir ", que Foucault nomme sanction normalisatrice. CorrÈlativement ? la surveillance continue, la discipline instaure une pÈnalitÈ permanente. " Au cúur de tous les systËmes disciplinaires, fonctionne un petit mÈcanisme pÈnal "(p209). Mais il s'agit en fait d'une " infra-pÈnalitÈ " dans la mesure o on n'y sanctionne pas tant des infractions ? la loi commune que des Ècarts par rapport ? la rËgle interne de l'institution : elle quadrille " un espace que les lois laissent vide ; elle qualifie et rÈprime un ensemble de conduites que leur relative indiffÈrence faisait Èchapper aux grands systËmes de ch?timent". En fait c'est une pÈnalitÈ qui reste en-dehors de la loi, puisqu'elle puni moins des crimes que des manquements, et que chaque institutiont, contrairement ? la loi qui doit Ítre universelle. La pÈnalitÈ disciplinaire est Ègalement une " micro-pÈnalitÈ " du fait qu'elle utilise comme ch?timent des contraintes qui peuvent paraÓtre anodines en comparaison avec les grandes punitions juridiques. Ce sont les retards, les absences, les interruptions des t?ches, l'inattention, la dÈsobÈissance, le bavardage, l'insolence, les attitudes " incorrectes ", les gestes non conformes, la malpropretÈ, ou l'indÈcence qui sont punis, au moyen de petites humiliations et de privations diverses, de mauvaises notations, de rÈtrogradations, etc. Dans la pÈnalitÈ disciplinaire, ? la limite, tout peut Ítre puni, et tout peut servir de ch?timent. C'est ce que Foucault nomme une " universalitÈ punissable-punissante " : " Il s'agit ? la fois de rendre pÈnalisables les fractions les plus tÈnues de la conduite, et de donner une fonction punitive aux ÈlÈments en apparence indiffÈrents de l'appareil disciplinaire "(p210) : par exemple, pour un exercice mal fait, la " punition " sera d'en faire un autre... ou de servir au moment du repas ! Mais la pÈnalitÈ disciplinaire s'Ècarte en fait du modËle du tribunal, car l'infraction qu'elle punie reste indÈfinie : c'est tout le domaine du non-conforme, de l'inobservation, de " tout ce qui est inadÈquat ? la rËgle, tout ce qui s'en Èloigne, les Ècarts "(p201). La loi de rÈfÈrence est une rËgle que chaque appareil disciplinaire dÈfinit pour lui-mÍme, en fonction du rang et des aptitudes des individus aussi bien qu'en fonction des objectifs ? remplir : ne pas atteindre le niveau requis, une inaptitude ? remplir ses t?ches, ne pas arriver ? apprendre ou ? faire ce qu'on attend de chacun, voil? ce qui constitue des " fautes " pour un appareil disciplinaire. La " faute " disciplinaire, c'est au fond ne pas faire ce qui est prÈvu par le programme. Cette pÈnalitÈ comporte Ègalement une rÈfÈrence " naturelle ", dans la mesure o le programme tient compte par avance des individus et de leurs aptitudes, de la " nature " de chacun : dËs lors, ne pas remplir le programme, et ce d'une faÁon observable par tous et donc Èvidente, devient un manquement qui ne tient qu'? l'individu, et la sanction apparaÓt alors comme " naturelle ". On cherche d'ailleurs ? ajuster au mieux la punition, de faÁon qu'elle apparaisse comme non arbitraire, comme la plus " naturelle " possible : par exemple, celui qui manque un exercice, et qui apprÈcie telle autre activitÈ, se verra priver de cette derniËre et devra ? la place en faire une autre du mÍme genre que le premier... Le caractËre indÈfini de la faute et la naturalisation de sa punition obÈissent au fond au principe essentiellement correctif de la sanction disciplinaire : la punition disciplinaire consiste moins dans les grands ch?timents classiques suscitant la crainte (amendes, fouet, cachot) que dans l'intensification de l'exercice et la rÈpÈtition de l'apprentissage. Ainsi la sanction disciplinaire consiste surtout dans une intensification de la discipline elle-mÍme, sur les individus qui ne s'y soumettent pas " naturellement ", c'est-?-dire sur ceux qui ne remplissent pas les conditions prÈvues pour eux. La sanction rÈalise donc un dressage des individus dans le but de les rendre les plus dociles possibles.

8) La normalisation

          Mais l'originalitÈ de la sanction dans la discipline tient surtout au fait qu'elle ne se rÈsume pas ? la punition. A cÙtÈ des ch?timents, la discipline organise tout une sÈrie de rÈcompenses, qui sont comme l'envers opposÈ et complÈmentaire de la punition : la sanction-punition se double d'une sanction-gratification qui est le versant " positif " de la sanction disciplinaire. La discipline ne se contente pas de punir les Èchecs, elle gratifie les rÈussites. Ce double systËme permet une moralisation constante des conduites au travers de l'axe du bien et du mal : " au lieu du partage simple de l'interdit, tel que le connaÓt la justice pÈnale, on a une distribution entre pÙle positif et pÙle nÈgatif "(p212). On peut ainsi obtenir une quantification chiffrÈe de la valeur de chacun, par une " comptabilitÈ pÈnale " constante qui permet un " bilan punitif de chacun " : c'est toute " une circulation des avances et des dettes " qui trouve son moteur dans ce " calcul permanent des notations en plus et en moins ". La sanction ne s'adresse donc pas seulement aux individus qui s'Ècartent effectivement de la rËgle, mais elle s'applique plutÙt ? tous les individus sans exception, servant d'incitation nÈgative ou positive, intensifiant la discipline en la naturalisant dans une morale qui se veut Èvidente. Cette micro-pÈnalitÈ disciplinaire devient alors une piËce intÈgrante de l'appareil disciplinaire, et sert ? qualifier et distribuer les individus les uns par rapport aux autres de la faÁon la plus prÈcise et la plus efficace possible. Elle sert ? connaÓtre les individus. En fait, la sanction disciplinaire est homogËne ? l'ensemble du dispositif des disciplines : on l'y retrouve partout, et elle peut prendre toutes les formes des techniques disciplinaires. La rÈpartition en grades en en rangs, caractÈristique de la discipline, sert Ègalement au systËme punition-rÈcompense : " Le rang en lui-mÍme vaut rÈcompense ou punition "(p213). Ainsi, " marquer les Ècarts, hiÈrarchiser les qualitÈs, les compÈtences et les aptitudes " revient aussi ? " ch?tier et rÈcompenser "(p213). Foucault cite l'exemple de l'Ecole militaire, qui avait crÈÈ la " classe honteuse " valant comme punition pour les " mauvais ". Mais ce classement punitif doit tendre ? s'effacer, il n'existe que pour disparaÓtre, car son but n'est pas l'exclusion dÈfinitive d'une condamnation rigide qui sÈparerait les individus, mais au contraire de faire que tous se soumettent au mÍme modËle de contrainte : contrainte intensifiÈe pour les ÈlÈments qui tendent ? s'y soustraire, mais qui rÈintÈgreront l'ensemble quand ils se seront corrigÈs, contrainte qui pËse en retour sur les tous les autres ÈlÈments dans la mesure o la rÈtrogradation concerne chacun dËs que son niveau baisse ou que son assiduitÈ dans les exercices se rel?che... " La pÈnalitÈ perpÈtuelle qui traverse tous les points, et contrÙle tous les instants des institutions disciplinaires compare, diffÈrencie, hiÈrarchise, homogÈnÈise, exclut. En un mot elle normalise "(p215). Il s'agit d'une " pÈnalitÈ de la norme " qui s'oppose dans son principe et dans ses effets ? la pÈnalitÈ traditionnelle de la loi. La normalisation, selon Foucault, c'est bel et bien la mise en oeuvre de cette pÈnalitÈ disciplinaire qui instaure " tout un jeu de degrÈs de normalitÈ, qui sont des signes d'appartenance ? un corps social homogËne, mais qui ont en eux-mÍmes un rÙle de classification, de hiÈrarchisation et de distribution des rangs. En un sens, le pouvoir de normalisation contraint ? l'homogÈnÈitÈ ; mais il individualise en permettant de mesurer les Ècarts, de dÈterminer les niveaux, de fixer les spÈcialitÈs et de rendre les diffÈrences utiles en les ajustant les unes aux autres. On comprend que le pouvoir de la norme fonctionne facilement ? l'intÈrieur d'un systËme de l'ÈgalitÈ formelle, puisque ? l'intÈrieur d'une homogÈnÈitÈ qui est la rËgle, il introduit, comme un impÈratif utile et le rÈsultat d'une mesure, tout le dÈgradÈ des diffÈrences individuelles "(p216).

9) L'examen

          Le couple surveillance-sanction, le doublet hiÈrarchie-normalisation trouve une synthËse dans une procÈdure qui combine leurs effets respectifs : l'examen. C'est en effet cette combinaison qui rÈalise la rupture la plus radicale entre le pouvoir disciplinaire et le pouvoir de type souverainetÈ : le rÙle bilitÈ s'inverse dans l'examen, puisque le pouvoir ne s'y donne plus ? voir dans les grandes parades triomphantes o se manifestait tout l'Èclat du souverain, mais se fait au contraire de plus en plus invisible pour obliger ses sujets ? Ítre vus en les objectivant, et le pouvoir se fait oeil silencieux et omniprÈsent observant les sujets comme autant d'objets se sachant regardÈs ; ? travers l'examen, les sujets individuels sont l'objet d'un champ documentaire qui constitue l'archive dÈtaillÈe des moindres dÈtails du quotidien de chacun, par des enregistrements et tout une accumulation d'Ècrits notant les observations sur le comportement, les aptitudes, les Èvolutions, les liste des sanctions, les identifications, les descriptions, les signalements, et qui inverse le rapport entre savoir et pouvoir. Car auparavant la vie des puissants Ètait mieux connue que celle des sujets, tandis qu'avec l'examen disciplinaire, le pouvoir devient lui-mÍme un savoir, une connaissance des individus ? soumettre, savoir o l'analyse des Ècarts individuels permet la rÈpartition des mÍmes individus dans un ensemble, une population ; ainsi, l'examen fait de chaque individu un " cas " car il individualise au maximum, en s'attachant prioritairement aux Ècarts qui singularisent les sujets dans ce qui les Èloigne de la rËgle.

10) Anonymat et individualisation

          A travers l'examen, la sanction et la surveillance, les disciplines produisent une individualitÈ sans cesse comparÈe ? la norme constituÈe par l'ensemble des rËgles et de ordres ? respecter, une individualitÈ prise comme objet d'un savoir objectivant les Ècarts, sans cesse surveillÈe et menacÈe de sanction, alors que le pouvoir devient lui-mÍme de plus en plus anonyme et fonctionnel, rendu collectif par sa diffusion gÈnÈrale, dans laquelle, ? la limite, tous l'exercent sur chacun. " Dans un systËme de discipline, l'enfant est plus individualisÈ que l'adulte, le malade l'est avant l'homme sain, le fou et le dÈlinquant plutÙt que le normal et le non dÈlinquant. C'est vers les premiers en tout cas que se sont tournÈs dans notre civilisation tous les mÈcanismes individualisants ; et lorsqu'on veut individualiser l'adulte sain, normal et lÈgaliste, c'est toujours dÈsormais en lui demandant ce qu'il y a encore en lui d'enfant, de quelle folie secrËte il est habitÈ, quel crime fondamental il a voulu commettre "(p226). Dans un tel contexte, l'individualisation objectivante vaut Ègalement comme sanction, et " l' originalitÈ " devient une insulte...

11) La peste

          Tous ces procÈdÈs disciplinaires se sont incarnÈs dans des institutions spÈcifiques, sans pour autant Ítre rÈservÈs ? l'une d'entre elles. Historiquement, la premiËre forme repÈrable, ce sont au XVIIËme siËcle les rËglements pour le quadrillage complet des villes contaminÈes par la peste : mises en quarantaine de la totalitÈ de l'espace urbain, inspections permanentes, enregistrements Ècrits et centralisÈs de toutes les informations ayant trait aux habitants, etc. La peste, ou plutÙt la rÈaction du pouvoir face ? cette situation exceptionnelle, constitue le prototype des institutions disciplinaires, et s'oppose ? la lËpre, qui est un modËle d'exclusion symbolique : pour la lËpre, il y a un " partage massif et binaire entre les uns et les autres ", une pratique du rejet, du renfermement, de l'exil, de la clÙture dÈfinitive ; pour la peste, il y a davantage " des sÈparations multiples, des distributions individualisantes, une organisation en profondeur des surveillances et des contrÙles, une intensification et une ramification du pouvoir "(p231). " DerriËre les dispositifs disciplinaires, se lit la hantise des " contagions ", de la peste, des rÈvoltes, des crimes, du vagabondage, des dÈsertions, des gens qui apparaissent et disparaissent, vivent et meurent dans le dÈsordre "(p231). Mais les institutions concrËtes ont en rÈalitÈ combinÈ ces deux modËles, fonctionnant sur un double mode : application des techniques de quadrillage disciplinaire au monde de l'exclusion symbolisÈ par le lÈpreux, qui Ètait plus ancien que les techniques disciplinaires, partage binaire, marquage d'une diffÈrence, et rÈpartition diffÈrentielle dans une coercition individualisante ; et d'un autre cÙtÈ, les ramification disciplinaires ont permis de porter les exclusions binaires jusqu'aux mailles les plus serrÈes de la sociÈtÈ, jusqu'aux dÈtails les plus tÈnus, Èlargissant les exclusions et universalisant ainsi le partage dichotomique normal-anormal...

12) Le panoptisme

          Mais si la " peste " est la prototype historique concret, le Panopticon de Bentham est le schÈma abstrait de toute institution disciplinaire : c'est un modËle architectural organisÈ entiËrement par les lois d'une optique politique, o une tour centrale permet d'observer la totalitÈ des cellules pÈriphÈriques fermÈes vers l'extÈrieur, mais ouvertes vers le centre. Ce modËle gÈnËre nombre d'effets disciplinaires : transformer la masse compacte des foules en " une multiplicitÈ dÈnombrable et contrÙlable "(p234) ; faire que le pouvoir puisse toujours voir sans Ítre vu lui-mÍme, de telle sorte que chacun se sente surveillÈ quand bien mÍme il ne le serrait pas effectivement, bref rendre le pouvoir " invisible et indÈcidable " ; rendre le pouvoir " automatique " et anonyme, en faire une " machinerie " homogËne que n'importe qui peut faire fonctionner rien qu'en occupant la place centrale ; Èconomiser le recours ? la violence en faisant intÈrioriser la contrainte ? ceux auxquels elle s'applique ; permettre une classification analytique en Ètablissant les diffÈrences individuelles ? partir de l'observation ; instaurer une sorte de " laboratoire de pouvoir " qui permet d'expÈrimenter toutes sortes de procÈdÈs thÈrapeutiques, punitifs, pÈdagogiques dont les effets seront immÈdiatement observables. Le modËle de Bentham est donc bien plus qu'une utopie rÍveuse, il est le programme gÈnÈral " d'une sociÈtÈ toute traversÈe de mÈcanismes disciplinaires "(p243). Car c'est un modËle entiËrement polyvalent, applicable " chaque fois qu'on aura affaire ? une multiplicitÈ d'individus auxquels il faudra imposer une t?che ou une conduite "(p240). Il propose " de perfectionner l'exercice du pouvoir " au maximum et en permanence (tout le paragraphe p240), pour n'importe quelle institution. Il est entiËrement fonctionnel, permettant au pouvoir de s'ajuster aux processus ? contrÙler, sans qu'il se surajoute de l'extÈrieur, et sans perturber l'activitÈ. Il est accessible pour des inspections venant de l'extÈrieur qui peuvent en vÈrifier la bonne marche ? tout moment, et rÈpond donc ? l'exigence d'un contrÙle " dÈmocratique ". Il a un rÙle d'amplification du pouvoir, le gÈnÈralisant dans toute la sociÈtÈ, le rendant " plus Èconomique et plus efficace ", augmentant les forces sociales en les contrÙlant au lieu de les rÈprimer. Ce modËle panoptique assure donc une " majoration productive du pouvoir ", qui s'exerce dËs lors en permanence sur la totalitÈ du corps social jusque dans ses moindres dÈtails, s'opposant diamÈtralement au modËle souverainiste d'un pouvoir discontinu dans son application et violent dans ses mÈthodes.

13) La sociÈtÈ disciplinaire

          Ces deux modËles de l'institutioservent de symbole pour la transformation historique de l'exercice du pouvoir, dÈcrite comme la mise en place d'une " sociÈtÈ disciplinaire ". La mise en place de cette sociÈtÈ disciplinaire ne se rÈsume pas seulement ? la multiplication des institutions disciplinaires, entre le XVIIIËme et le XIXËme siËcles, mais correspond ? des processus plus larges. On constate en effet que la multiplication des disciplines s'est accompagnÈe de transformations dans le sens et la forme de l'exercice du pouvoir. D'abord, on peut montrer que les disciplines ont progressivement changÈ de fonction, passant d'une fonction si on veut " rÈpressive ", ou en tous cas nÈgative, puisqu'il s'agissait surtout " d'Èviter les inconvÈnient des rassemblements trop nombreux "(p244), ? une fonction plus positive o il s'agit essentiellement de " faire croÓtre l'utilitÈ des individus ", que se soit dans l'armÈe, dans l'industrie, dans les Ècoles, etc. C'est cette " inversion fonctionnelle " qui explique que les disciplines ont quittÈ leur place marginale dans la sociÈtÈ pour devenir le rouage principal de l'exercice du pouvoir, en s'implantant de faÁon gÈnÈrale dans les secteurs les plus productifs et les plus centraux de la sociÈtÈ. DeuxiËmement, les procÈdÈs disciplinaires ont commencÈ ? se dissÈminer dans le corps social sous des formes plus souples et plus " libres ", en dehors des institutions proprement dites, closes sur elles-mÍmes : les institutions elles-mÍmes ont commencÈ ? jouer de plus en plus un rÙle de surveillance et de contrÙle de la population extÈrieure ; en observant des enfants ou des malades, on s'informe Ègalement de l'Ètat moral ou sanitaire des familles et de populations auxquelles ils appartiennent ; il se produit Ègalement une multiplication d'associations de bienfaisance ou encore de groupes religieux qui sont spÈcialisÈ dans ce type de surveillance sociale, qui ne fonctionnent plus comme des institutions fermÈes, mais comme " des foyers de contrÙle dissÈminÈs dans la sociÈtÈ "(p247) qui diffusent les techniques disciplinaires dans le champ social; Foucault appelle ce processus " l'essaimage des mÈcanismes disciplinaires ". Enfin, on constate une " Ètatisation des mÈcanismes de disciplines ", par l'organisation d'une police centralisÈe, principalement en France : la police constitue en effet un type de pouvoir qui apparaÓt comme disciplinaire par essence, puisque c'est un pouvoir qui doit s'appliquer ? tout le corps social dans son ensemble, jusqu'aux moindres dÈtails, qui doit s'exercer ? travers une surveillance omniprÈsente, constante et invisible, et qui " Ètend un rÈseau intermÈdiaire "(p250) entre les grands appareils du pouvoir souverain et les petits pouvoirs disciplinaires dissÈminÈs dans l'ensemble de la sociÈtÈ ; la police n'est pas seulement le bras armÈ de la justice, mais " elle fait corps, par son Ètendue et ses mÈcanismes, avec la sociÈtÈ de type disciplinaire "(p251) ; c'est ? travers elle que la modalitÈ disciplinaire a pu s'infiltrer dans l'appareil d'Ètat et le transformer durablement par son influence.

14) InvisibilitÈ du pouvoir disciplinaire

          Ce sont ces processus historiques qui forment une sociÈtÈ disciplinaire, non pas que les autres formes de pouvoir aient disparus, mais parce que la discipline est devenue centrale et les a transformÈs en profondeur. Cette sociÈtÈ disciplinaire s'oppose au modËle d'une sociÈtÈ o le pouvoir s'exercerait principalement au travers de spectacles, par la mise en scËne de sa propre apparition, modËle qui remontera ? l'AntiquitÈ, et qui s'exprimait par des cÈrÈmonies, des rituels, des fÍtes, des cirques, des thÈ?tres, toute une reprÈsentation publique dont les fastes de Louis XIV correspondent ? une apogÈe. La sociÈtÈ disciplinaire de la surveillance invisible et de la sanction banalisÈe est exactement l'inverse de la " civilisation du spectacle ".

15) Facteurs historiques d'Èmergence

          Enfin, la formation de cette sociÈtÈ disciplinaire s'inscrit dans des transformations historiques plus larges. Sur le terrain de l'Èconomie, l'avËnement des disciplines coÔncide avec l'explosion dÈmographique du XVIIIËme siËcle et la croissance de l'appareil de production ? la mÍme Èpoque : fixer les populations flottantes, Ètendre le pouvoir ? des groupes plus nombreux, faire accroÓtre la rentabilitÈ de la production en ajustant les mÈcanismes de pouvoir aux appareils productifs, autant d'objectifs nouveaux que les disciplines permettent de rÈaliser, entraÓnant le pouvoir vers une " Èconomie " de plus en plus grande, o il s'agit d'obtenir le plus de rentabilitÈ Èconomique, mais aussi politique, avec le moins de dÈpenses possible ; il s'agit donc d'un changement profond dans " l'Èconomie du pouvoir ", le but Ètend une double Èconomie, financiËre et politique, par le peu dÈpenses occasionnÈes et par le peu de rÈsistances suscitÈes. Il s'agit d'installer un rÈseau de pouvoir continu et sans lacune qui puisse s'intÈgrer de la faÁon la plus rentable dans les divers organismes sociaux qui visent une productivitÈ maximale, comme une partie nÈcessaire des appareils productifs, quel que soit d'ailleurs le type de production visÈe (production de santÈ dans les hÙpitaux, production de capacitÈs ? l'Ècole, ou production de forces destructives dans l'armÈe, etc.). Il s'agit donc d'assurer l'organisation en profondeur des multiplicitÈs humaines, dont le nombre augmente et dont l'utilitÈ productive est requise.

16) InÈgalitÈ politique

          Sur un plan plus directement politique, la gÈnÈralisation des disciplines coÔncide avec l'installation des grandes structures juridico-politiques de la bourgeoisie triomphante : rÈgime parlementaire reprÈsentatif soutenu par un cadre juridique Ègalitaire, souverainetÈ formÈe contractuellement par la volontÈ de tous, les nouvelles pensÈes politiques du contrat social ont constituÈ le cadre formel dans lequel se sont dÈveloppÈes les disciplines. Les disciplines ont ÈtÈ la contrepartie concrËte de l'ÈgalitÈ formelle du droit politique bourgeois, une sorte de " contre-droit " ; car il s'agissait de maintenir une dissymÈtrie rÈelle et une inÈgalitÈ concrËte entre des sujets thÈoriquement libres et juridiquement Ègaux en principe, bref " d'exclure des rÈciprocitÈs "(p259). Car la discipline a reconstituÈ des hiÈrarchies mouvantes l? o l'ÈgalitÈ formelle des droits semblait remettre en cause le principe inÈgalitaire du pouvoir. " Les disciplines rÈelles et corporelles ont constituÈ le sous-sol des libertÈs formelles et juridiques "(p258). Il fallait maintenir le principe hiÈrarchique du pouvoir dans un cadre juridique Ègalitaire ; c'est pourquoi les disciplines se sont adressÈes au corps plutÙt qu'? la personne, qu'elles ont constituÈ des normes spÈcifiques extÈrieures ? la loi universelle, et qu'elles se sont appuyÈes sur une pÈnalitÈ marginale, plus " douce " mais aussi plus efficace et plus insidieuse, car discrËte et omniprÈsente. La discipline est une ruse politique pour esquiver le problËme de l'ÈgalitÈ rÈelle entre les hommes et pour reconduire le dÈsÈquilibre concret des relations de pouvoir au sein de la sociÈtÈ.

17) Savoir et pouvoir

          Sur le plan scientifique, les disciplines ont rÈalisÈ un type d'organisation dans laquelle le savoir fait partie intÈgrante de l'exercice du pouvoir, daÈciprocitÈ stricte entre connaÓtre et exercer le pouvoir. Le pouvoir disciplinaire ne peut fonctionner sans objectiver les sujets auxquels il s'applique par une observation constante, un archivage permanent et un cumul des connaissances. Les sciences de l'homme ont trouvÈ dans le pouvoir disciplinaire leur terreau historique. Il s'agit bien, avec les disciplines, d'une rationalisation de l'exercice du pouvoir, mais aussi d'une politisation complÈmentaire du savoir, qui devient de plus en plus une forme du pouvoir. L'examen disciplinaire a formÈ le prototype des instruments les plus performants de la psychologie, de la sociologie, de la criminologie : les tests, les entretiens, les interrogatoires, les consultations, dÈrivent directement de la forme disciplinaire de l'examen, mÍme si elles le raffinent et le complexifient.

18) L'observation permanente

          Le triomphe de la discipline est atteint lorsque les procÈdures de l'examen indÈfini s'infiltrent dans l'enquÍte judiciaire elle-mÍme, et transforment le criminel en anormal ? rÈintÈgrer et ? rÈÈduquer, au terme d'une discipline carcÈrale qui n'aurait, ? la limite, plus de fin. La mise en observation de tout individu par un pouvoir gÈnÈralisÈ remplace la menace de mort du souverain sur le collectif, comme image dÈfinitive du pouvoir.